10 mars 2014

Un matin différent des autres



L'absence a été plus prononcée que ce que j'avais envisagé.... Je m'étais bien dit que je pourrais écrire sur un ordi et trouver un coin d'Internet pour poster tout ça, te raconter en live mon expérience. C'était trop dur, bien plus que ce que je pensais.
Les 4 derniers jours ont été éprouvants, tellement difficiles... Seule, j'ai fais des cartons, démonté un lit, nettoyé une armoire en prévision de son transport. J'ai pleuré sans cesse, ne sachant par quel bout commencer, en ayant l'impression d'être une voleuse chez moi. Prendre quelques assiettes, des verres, 4 tasses à café, une nappe ? Ben oui. Et des serviettes. Ben oui. Mais pour quoi faire ?...
Un vase, on sait jamais si je m'achète ou si on m'offre des fleurs. La bouilloire électrique, une cocotte en émail.... La liste infiniment simple du quotidien, si compliquée à établir.

J'ai trié, jeté (beaucoup), mis des vêtements, des chaussures et des foulards dans de grands sacs (beaucoup) pour les porter ensuite au container qui recycle. Mis le reste dans des valises. Je pleure sans cesse. Je tombe sur des photos mises de côté sans doute depuis longtemps, je m'assoie sur le lit et commence à les regarder.... Je sanglote et les larmes brûlent mes joues : Crapaud-poilu tout petit, moi à côté tellement jeune, mes parents lors de leur mariage, vieilles photos en noir et blanc sur un papier un peu épais, d'autres mariages de mes parents, ma soeur et son premier fils en train de faire une tartine, mon grand-père... mon frère.... Des gens aimés et disparus. Je ne peux quitter des yeux ces clichés, je finis par les remettre dans leur chemise en carton et les emballe avec le reste.

Mettre ses souvenirs en cartons, c'est atroce. J'envoie des textos à mes copines pour leur dire que je ne vais pas y arriver. Elles me rassurent en disant que oui, bien sûr, je vais y arriver. Il ne reste plus que deux pièces à faire, c'est insurmontable. Les cartons s'empilent, pas si nombreux finalement. C'est ça toute ma vie ? Quelques cartons et des sacs de vêtements ? C'est un peu ça mais l'essentiel est ailleurs. Le soir, je dors dans le lit de mon fils en vacances chez son grand-père, mon lit à moi est démonté (j'y suis arrivée toute seule, victoire !). Je pleure encore et je m'endors d'un sommeil lourd, sachant que demain matin, j'aurais les paupières plus gonflées que DSK avant sa chirurgie esthétique.

Samedi matin, il fait un soleil radieux, un peu frais dehors et les amis arrivent : trois garçons et une fille, des proches, ceux qui vont m'aider à emporter tout ça vers mon nouveau chez-moi. Tout se passe bien, rapidement, y'a pas grand chose finalement.... Karine me prend dans ses bras au moment du départ, murmurant des paroles rassurantes, je pleure encore.
En début d'après-midi, mon père arrive avec Crapaud-poilu, de l'électroménager, une caisse à outils ("comme ça tu pourras te débrouiller toute seule"), des multiprises, du Ni clou ni vis, et des copains de lycée les rejoignent. Ils monteront tous les trucs lourds et les cartons, merci les gars. 
Me voilà dans un appartement rempli de cartons, dans un capharnaüm incroyable. On va y aller petit à petit. Papa branche les machines, monte des étagères métalliques pour le cellier, m'explique comment on fait pour installer une vis autoforante dans le placo. J'installe moi-même un grand miroir dans l'entrée. Je suis fière. Mon téléphone vibre de textos encourageants, motivants. Maman et Biquet me font livrer des fleurs "pour ta nouvelle vie". Je ramène Crapaud-poilu à la maison avec son père, il y restera cette semaine, jusqu'à vendredi... Weekends impairs et semaines paires, désormais entrés dans mon calendrier...

Je range les cartons jusqu'à 23h samedi.... Dimanche matin, premier lever seule dans l'appartement, il fait beau et c'est lumineux. Je déjeune avec mon père au bord de l'océan avant qu'il ne reparte chez lui. Je tombe sur le canapé et fait une sieste de deux heures, épuisée par la tension nerveuse et physique (j'ai monté et descendu mille marches. Au moins). Allez, un peu de courage, je range encore et fait au fur et à mesure la liste de ce qu'il faut que j'achète : des boites de rangement, des rideaux, un tapis ?
Syl passe me voir, on déplace un meuble et oui, c'est bien mieux comme ça. On boit un Coca sur la terrasse, avec le soleil couchant. Je vais commencer à aller mieux, c'est certain.

Ce matin n'est pas "comme tous les autres", et oui, c'est un nouveau pari. Je n'avais pas mesuré à quel point il serait difficile de faire tout ça : mettre en cartons ses souvenirs de vie, 20 ans de vie. C'est ma décision et elle est assumée, je suis persuadée que c'est pour du meilleur, mais que c'est dur.

Ce matin, j'ai gagné trois quarts d'heure de sommeil, je me suis lavée à l'eau froide (ah oui, j'ai pas d'eau chaude depuis trois jours... super), je me suis fait un thé que j'ai bu en regardant dehors (les mecs qui font la voirie étaient en train de commencer à gratouiller avec leur engin) (heu.... des engins de voirie, tu vois ce que je veux dire) (me fait pas dire ce que je n'ai pas dit), j'ai fait ces deux petites photos.




Un matin différent des autres.
Un nouveau pari.
Rechercher un peu de magie.
Dans ce joli ciel tout rose.


4 mars 2014

Sinon, ça va ?



Ça va pas trop mal. Comme qui dirait largement débordée mais on peut dire que ça va...

Quelques nouvelles en vrac ?

Partir en week-end à Pornichet avec T.-Chérie et prendre du vent en pleine figure pendant deux jours.
Parler beaucoup et des fois pas du tout. Respecter les silences, l'introspection, profiter des éclats de rire, chanter dans la voiture. Laisser les larmes couler quand les chansons sont tristes. Etre toujours ébahie par sa facilité à faire des contre chants en prenant juste le bon ton.



Marcher dans le sable, manger des galettes à mourir, boire du vin chaud, du cidre, du thé et une des meilleures Margarita de ma vie, dehors sur la plage à minuit.



SCOOP ! Lagerfeld n'était pas à la Fashion Week, il était sur la plage.










Y'avait du vent. Faut que je refasse mes racines.

Se faire belles pour aller dîner à l'hôtel (on était les deux plus belles de la salle, les plus élégantes, y'a pas photo). J'étais pas habillée comme la photo ci-dessus, je te rassure.
Jouer quelques sous au Casino, se dire que c'est un peu glauque mais tenter quand même, essayer de comprendre les règles du Black Jack, se dire qu'on voit mieux le Poker quand c'est à la télé. Les mecs sont pas cool, ils montrent par leurs cartes.

Faire un tour dans un petit marché, boire un café en regardant les candidats locaux aux municipales distribuer des tracts et serrer des paluches, acheter un bouquet de tulipes blanches.

Se faire tremper comme des soupes au Croisic, arriver au resto avec une coupe de lévrier afghan et des yeux de panda (le mascara n'était pas suffisamment résistant au crachin breton pur beurre). Manger la meilleure galette beurre sucre de ma vie (j'ai dit galette et pas crêpe, faut pas confondre).

Profiter de cette parenthèse avant d'attaquer le grand chambardement...

Depuis le début de la semaine, transporter des chaises, quelques objets, un balai, une éponge. Enrôler Karine parce qu'à deux, on décide mieux. Je pèse le pour et elle le contre.



Faire le tour des magasins pour trouver ce qu'il va immanquablement manquer.



Repartir avec un bureau en kit (neuf), une commode rose (d'occase), des golden gogues (expression déposée, le premier qui l'utilise me doit des droit d'auteur), des boutons en faux cristal qui ressemblent à des gros diamants pour remplacer les poignées de la commode, des boules de papier japonais pour mettre sur les vilaines ampoules. Mon chez-moi sera comme je le veux, sans compromis. Bling-bling, girly, cosy. Enfin je vais essayer.

Ne pas acheter le meuble de cuisine qui n'est-pas-joli-mais-pratique. Se dire qu'on verra bien et qu'au pire, on posera les assiettes sur une chaise. Ou par terre.

Continuer la vie.



27 févr. 2014

Le premier jour du reste de ma vie



Une presque nouvelle vie va bientôt commencer...

Je sais qu'au fil des mois, tu as compris. Tu as eu la courtoisie de ne pas poser de questions et j'espère qu'il en sera de même aujourd'hui. Un jour, ou peut-être pas, je dirai, j'expliquerai, je raconterai. Ou peut-être pas. Raconter ma vie privée, ma part d'ombre, te faire visiter mon égo, mon nombril ou le fond de ma culotte, c'est facile. Il me faut en revanche respecter les protagonistes et je ne veux pas les soumettre à ton jugement, ce n'est pas ton rôle, ni le mien de les exposer ainsi.

Je sais que tu as compris.

Aujourd'hui, c'est le premier jour du reste de ma vie. Mes larmes coulent sur mes joues, tant de sentir ce bonheur palpable que de crainte enfouie. Mon bonheur présumé sonne comme un trousseau de clés dans ma poche, la crainte me dévore les entrailles puisque ce n'est que le début. Rien n'est terminé, tout est à faire du mieux possible en tenant compte des contraintes et de tout ce qu'il faut entreprendre, tant de choses encore, tant de paliers à franchir en tentant de préserver l'essentiel : l'humain et le respect.

Les nouvelles clés impliquent mille trucs à envisager, des mesures à prendre, des coups de main à trouver, quelques objets à transporter, réussir à se projeter, accepter de camper dans sa nouvelle antre, m'approprier les lieux, faire de ce nouvel endroit un refuge, mon nid.

Alors il ne faudra pas m'en vouloir si je déserte un peu le saloon parce que je vais être coupée du monde électronique un peu, quelques temps. J'essaierai de te donner des nouvelles régulièrement mais ça va s'espacer un chouïa, merci de bien vouloir noter une probable interruption momentanée des programmes.

Je sais que tu comprendras, j'espère que tu seras encore là après, quand je pourrai reprendre le fil de nos échanges. Pas de kiwi demain, aujourd'hui, c'est ma journée kiwi à elle toute seule.

Aujourd'hui, c'est le premier jour du reste de ma vie.